Dissimulation de patrimoine

Cadre juridique, qualification des faits et rôle de l’enquête privée

La dissimulation de patrimoine constitue une problématique récurrente dans les litiges familiauxcivils et patrimoniaux, notamment dans le cadre des procédures de divorce, de fixation de prestations compensatoires, de pensions alimentaires, d’indivision ou d’exécution de décisions de justice.
Lorsqu’un patrimoine est volontairement dissimulé, minoré ou organisé de manière opaque, il porte atteinte aux droits patrimoniaux de l’autre partie et fausse l’appréciation du juge.

Dans ce contexte, le recours à un cabinet de détectives privés légalement habilités permet d’identifier, de vérifier et de documenter des éléments patrimoniaux objectivement constatables et juridiquement exploitables, dans le respect strict du droit.


1. Fondements juridiques de la dissimulation de patrimoine

La dissimulation de patrimoine n’est pas définie par un article unique, mais repose sur plusieurs fondements juridiques convergents.

Principe de loyauté et de sincérité des déclarations

En matière civile et familiale, les parties sont tenues à une obligation de sincérité dans la communication de leur situation patrimoniale, notamment lorsque celle-ci est déterminante pour la décision du juge.

L’article 9 du Code de procédure civile dispose que :

« Il incombe à chaque partie de prouver conformément à la loi les faits nécessaires au succès de sa prétention. »

Toute dissimulation volontaire d’actifs peut constituer un manquement à ce principe, susceptible d’influer sur l’appréciation du juge.

Divorce et conséquences patrimoniales

Dans le cadre du divorce, les articles 270 et suivants du Code civil relatifs à la prestation compensatoire imposent une appréciation équitable des ressources et du patrimoine des époux.
La dissimulation d’éléments patrimoniaux peut conduire le juge à :

  • réviser l’évaluation des ressources,

  • remettre en cause un accord,

  • ou sanctionner le comportement déloyal.


2. Notion de dissimulation de patrimoine

La dissimulation de patrimoine peut prendre différentes formes, notamment :

  • dissimulation de comptes bancaires,

  • minoration volontaire de revenus,

  • organisation d’insolvabilité,

  • transfert d’actifs à des tiers (proches, sociétés),

  • détention de biens par personnes interposées,

  • dissimulation de participations sociales,

  • occultation de biens immobiliers ou mobiliers.

Ces agissements peuvent être relevés tant avantpendant qu’après une procédure judiciaire.


3. Charge de la preuve et nécessité d’une enquête

Le juge civil ou le juge aux affaires familiales ne procède pas lui-même aux recherches patrimoniales.
Il appartient à la partie qui allègue une dissimulation d’en rapporter la preuve, par des éléments licites et proportionnés.

La simple suspicion est insuffisante.
La preuve doit reposer sur :

  • des faits vérifiables,

  • des indices concordants,

  • des éléments matériels objectivement constatés.

L’enquête privée intervient précisément pour objectiver une situation patrimoniale lorsque les informations ne sont pas librement accessibles.


4. Cadre légal de l’intervention du détective privé

L’intervention du détective privé est strictement encadrée par l’article L.621-1 du Code de la sécurité intérieure, qui autorise l’enquêteur privé à recueillir des informations ou renseignements destinés à la défense des intérêts d’un tiers.

Avant toute mission, une analyse juridique préalable est réalisée afin de vérifier :

  • la légitimité de la demande,

  • la proportionnalité des moyens envisagés,

  • la conformité au droit de la preuve et au respect de la vie privée.

Le détective privé n’a aucun pouvoir coercitif et n’accède à aucune information protégée ou confidentielle par des moyens illicites.


5. Méthodes d’investigation autorisées et limites légales

Les investigations reposent exclusivement sur des méthodes licites, telles que :

  • recherches patrimoniales ouvertes (OSINT),

  • vérification d’informations publiques et administratives accessibles,

  • identification de liens capitalistiques apparents,

  • recoupement d’indices financiers et patrimoniaux,

  • analyse de structures juridiques visibles,

  • observation de signes extérieurs de patrimoine.

Sont strictement exclus :

  • l’accès frauduleux à des comptes bancaires,

  • toute usurpation d’identité,

  • toute atteinte au secret bancaire ou fiscal,

  • toute intrusion dans la vie privée.

Le respect de l’article 9 du Code civil relatif au droit à la vie privée constitue une limite absolue.


6. Rapport d’enquête et valeur probatoire

À l’issue de la mission, un rapport d’enquête circonstancié est établi.
La jurisprudence constante de la Cour de cassation, notamment depuis l’arrêt du 7 novembre 1962, reconnaît la recevabilité des rapports de détectives privés comme moyens de preuve, sous réserve du respect de la légalité des moyens employés.

Le rapport est :

  • factuel,

  • objectif,

  • structuré,

  • fondé sur des éléments vérifiables et recoupés.

Il peut être produit devant les juridictions civiles ou familiales, dans le respect du principe du contradictoire, afin d’éclairer le juge sur la réalité de la situation patrimoniale.


7. Articulation avec l’article 145 du Code de procédure civile

L’article 145 du Code de procédure civile permet au juge d’ordonner des mesures d’instruction lorsqu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont dépend la solution d’un litige.

Les éléments issus d’une enquête privée peuvent :

  • fonder une requête sur le fondement de l’article 145 CPC,

  • appuyer une demande de mesures conservatoires,

  • préparer un contentieux patrimonial.


8. Intérêt de l’enquête en matière de dissimulation de patrimoine

Le recours à une enquête privée permet notamment :

  • d’objectiver une situation patrimoniale opaque,

  • de rétablir l’équilibre des informations entre les parties,

  • de sécuriser une procédure judiciaire,

  • de prévenir une organisation d’insolvabilité,

  • de défendre efficacement ses droits patrimoniaux.

Il appartient exclusivement au juge d’apprécier la portée juridique des faits établis.


Sources juridiques officielles

  • Code de procédure civile, art. 9 et 145

  • Code civil, art. 9

  • Code civil, art. 270 et s.

  • Code de la sécurité intérieure, art. L.621-1

  • Cour de cassation, arrêt du 7 novembre 1962

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