Dissimulation d’actifs
Cadre juridique, qualification des faits et valeur probatoire de l’enquête
La dissimulation d’actifs consiste à occulter volontairement tout ou partie de son patrimoine afin d’échapper à des obligations légales, judiciaires ou contractuelles. Elle est fréquemment rencontrée dans les contentieux civils, familiauxe
Dans ce contexte, le recours à un cabinet de détectives privés légalement habilités permet d’identifier et de documenter des éléments patrimoniaux objectivement constatables et juridiquement exploitables, dans le strict respect du droit et des libertés individuelles.
1. Fondements juridiques de la dissimulation d’actifs
La dissimulation d’actifs ne repose pas sur un article unique, mais sur plusieurs principes juridiques convergents.
Le principe général du droit de la preuve, consacré par l’article 9 du Code de procédure civile, impose à chaque partie d’apporter la preuve des faits qu’elle allègue.
Par ailleurs, le principe de loyauté dans l’exécution des obligations civiles et familiales implique une sincérité des déclarations patrimoniales, notamment lorsque la situation financière conditionne une décision judiciaire.
Lorsque la dissimulation résulte de manœuvres fautives, le fondement de la responsabilité civile prévu par l’article 1240 du Code civil peut être mobilisé.
Dans certains cas, une organisation volontaire d’insolvabilité peut également produire des effets juridiques distincts, appréciés souverainement par le juge.
2. Notion juridique de dissimulation d’actifs
La dissimulation d’actifs peut prendre des formes diverses, notamment :
transfert de biens à des tiers ou à des proches,
détention d’actifs par personnes ou sociétés interposées,
minoration volontaire de revenus ou de patrimoine,
organisation patrimoniale opaque,
dissimulation de participations sociales,
maintien d’actifs hors du champ déclaratif.
Ces pratiques ont pour effet de fausser l’appréciation du juge et de porter atteinte aux droits patrimoniaux de la partie adverse.
L’enquête vise à objectiver l’existence d’indices concordants, sans qualification juridique ni appréciation financière réglementée.
3. Charge de la preuve et nécessité d’éléments factuels
La simple suspicion de dissimulation est juridiquement insuffisante.
La preuve doit reposer sur :
des éléments matériels vérifiables,
des indices patrimoniaux concordants,
des informations accessibles légalement,
des faits objectivement constatables.
L’enquête privée permet de réunir des éléments factuels lorsque l’information patrimoniale est volontairement fragmentée, incomplète ou contestée.
4. Cadre légal de l’intervention du détective privé
L’intervention du détective privé est strictement encadrée par l’article L.621-1 du Code de la sécurité intérieure, qui autorise l’enquêteur privé à recueillir des informations ou renseignements destinés à la défense des intérêts d’un tiers.
Avant toute mission, une analyse juridique préalable est réalisée afin de vérifier :
la légitimité de la demande,
la proportionnalité des moyens envisagés,
la conformité au droit de la preuve et au respect de la vie privée.
Le détective privé ne dispose d’aucun pouvoir coercitif et n’accède à aucune information protégée par le secret bancaire, fiscal ou professionnel.
5. Méthodes d’investigation autorisées et limites légales
Les investigations reposent exclusivement sur des méthodes licites, notamment :
recherches d’informations ouvertes (OSINT),
analyse de structures juridiques visibles,
recoupement d’indices patrimoniaux accessibles,
observation de signes extérieurs de patrimoine,
vérification de liens apparents entre personnes et actifs.
Sont strictement exclus :
l’accès frauduleux à des comptes ou fichiers confidentiels,
toute usurpation d’identité,
toute atteinte au secret bancaire ou fiscal,
toute intrusion dans la vie privée.
Le respect de l’article 9 du Code civil relatif au droit au respect de la vie privée constitue une limite absolue.
6. Rapport d’enquête et valeur probatoire
À l’issue de la mission, un rapport d’enquête circonstancié est établi.
La jurisprudence constante de la Cour de cassation, notamment depuis l’arrêt du 7 novembre 1962, reconnaît la recevabilité des rapports de détectives privés comme moyens de preuve, dès lors que les faits ont été recueillis légalement et loyalement.
Le rapport est :
factuel,
objectif,
structuré,
fondé sur des éléments vérifiables et recoupés.
Il peut être produit devant les juridictions civiles ou familiales, dans le respect du principe du contradictoire.
7. Articulation avec l’article 145 du Code de procédure civile
L’article 145 du Code de procédure civile permet au juge d’ordonner des mesures d’instruction lorsqu’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont dépend la solution d’un litige.
Les éléments issus d’une enquête sur la dissimulation d’actifs peuvent :
fonder une requête sur le fondement de l’article 145 CPC,
appuyer une demande de mesures conservatoires,
préparer une action judiciaire ou patrimoniale.
8. Intérêt de l’enquête en matière de dissimulation d’actifs
Une enquête sur la dissimulation d’actifs permet notamment :
d’objectiver une situation patrimoniale dissimulée,
de sécuriser une procédure judiciaire,
de prévenir ou démontrer une organisation d’insolvabilité,
de défendre efficacement des droits patrimoniaux,
d’éclairer une décision stratégique avant ou après contentieux.
Il appartient exclusivement au juge d’apprécier la portée juridique des éléments établis.
